Épargne longue et capital patient : les nouveaux horizons de la croissance durable

L’épargne longue occupe une place centrale dans les stratégies économiques modernes. Face aux défis climatiques, au vieillissement des populations et au besoin croissant de financer des infrastructures stratégiques, la notion de capital patient s’impose comme un levier majeur. En 2025, l’Europe s'efforce de redéfinir sa relation entre épargne, investissement et croissance durable. L’objectif n’est plus simplement de sécuriser des placements, mais de les orienter vers des projets utiles, résilients et créateurs de valeur à long terme.

Voici les 6 grandes dynamiques qui transforment aujourd’hui l’épargne longue en moteur d’innovation et de durabilité.

1. Le capital patient : un moteur structurant pour les projets à long terme

Le capital patient désigne des financements qui acceptent des horizons de rendement plus longs, parfois au-delà de dix ou quinze ans. Ce type de capital est indispensable pour soutenir des secteurs comme l’énergie renouvelable, les biotechnologies, les infrastructures ou encore les technologies deeptech.

En Europe, des institutions comme la Banque Européenne d’Investissement (BEI) jouent un rôle déterminant. Par exemple, la BEI a récemment alloué plusieurs milliards d’euros à des projets d’hydrogène vert ou à des réseaux de transport bas carbone nécessitant une rentabilité lente mais durable.

Des fonds spécialisés, comme Eurazeo Infrastructure ou Mirova, privilégient désormais des stratégies de “hold long” permettant aux entreprises financées de croître sans la pression d’une rentabilité immédiate.

Le capital patient devient donc un élément clé pour accompagner les innovations qui demandent du temps, notamment dans les technologies climatiques.

2. L’épargne longue comme catalyseur des transitions énergétique et numérique

La transition écologique et numérique nécessite des investissements massifs sur plusieurs décennies. L’épargne longue représente une source de financement idéale pour ces projets structurels.

De nombreux gestionnaires d’actifs orientent déjà les dispositifs d’épargne retraite ou d’assurance vie vers des projets verts de long terme. Par exemple :

  • Amundi a lancé des fonds thématiques alignés sur les objectifs européens de neutralité carbone.

  • Allianz Global Investors finance des infrastructures numériques durables, comme la fibre optique ou les data centers écoresponsables.

  • BNP Paribas Asset Management développe des fonds verts orientés exclusivement sur des projets à horizon 2030-2050.

L’épargne longue permet également d’attirer davantage de capitaux vers des obligations vertes destinées à financer des projets d’efficacité énergétique ou d’adaptation climatique. Ces obligations, souvent indexées sur des objectifs mesurables, renforcent la transparence et la confiance des investisseurs particuliers.

3. Les fintechs facilitent l’accès à l’épargne longue pour les citoyens

En 2025, les fintechs démocratisent l’accès aux produits longs et durables grâce à des plateformes transparentes et pédagogiques. Les épargnants peuvent désormais investir en quelques clics dans des projets à horizon 10 ou 20 ans, tout en suivant l’impact social ou environnemental de leurs placements.

Quelques exemples marquants :

  • Lita.co, qui permet d’investir dans des entreprises à impact tout en affichant clairement les rendements projetés sur plusieurs années.

  • Yomoni, qui propose des portefeuilles diversifiés incluant progressivement des actifs de long terme.

  • Goodvest, qui oriente automatiquement l’épargne vers des investissements alignés avec l’Accord de Paris en fonction de l’horizon choisi.

Grâce à ces outils, les particuliers comprennent mieux comment leur épargne contribue à un futur durable. Le digital permet aussi de réduire les frais, rendant les produits d’épargne longue plus attractifs.

4. Le rôle des assureurs et des fonds de pension dans la stabilisation économique

Les assureurs et fonds de pension possèdent des réserves financières colossales. Ces acteurs, par nature tournés vers le long terme, deviennent des piliers de l’économie durable.

En France, par exemple, les contrats d’assurance vie représentent plus de 1 800 milliards d’euros d’encours, dont une partie croissante est désormais orientée vers des actifs de long terme. L’arrivée des unités de compte responsables et les exigences réglementaires (comme l’article 29 de la loi Énergie-Climat) encouragent encore cette dynamique.

Au Royaume-Uni, les fonds de pension participent au Long-Term Asset Fund, un dispositif destiné à financer des infrastructures vertes, des transports durables et des programmes de recherche.

En Allemagne, les régimes de retraite investissent dans des projets immobiliers écologiques certifiés, pour concilier stabilité financière et transition énergétique.

Ces acteurs stabilisent ainsi les cycles économiques en injectant un capital constant dans des projets essentiels, indépendamment des fluctuations conjoncturelles.

5. Des cadres réglementaires qui encouragent l’investissement durable

L’Union européenne renforce depuis plusieurs années la régulation en faveur de l’investissement à long terme. Des dispositifs comme la taxonomie européenne, le règlement SFDR ou l’étiquette européenne ELTIF 2.0 simplifient désormais l’accès des particuliers aux fonds longs.

Par exemple :

  • La taxonomie européenne clarifie ce qui est considéré comme “durable”, ce qui facilite le choix des épargnants.

  • Les ELTIF nouvelle génération permettent d’investir dans des actifs non cotés, tels que des infrastructures ou des PME innovantes, avec une liquidité améliorée.

  • Le plan InvestEU vise à mobiliser des milliards d’euros d’épargne privée pour financer des priorités stratégiques : climat, numérique, santé, technologies souveraines.

Cette modernisation réglementaire renforce la crédibilité du marché européen de l’investissement durable et protège l’épargnant.

6. L’émergence de portefeuilles multi-générationnels

La notion d’épargne longue évolue également vers une vision multi-générationnelle. Les familles intègrent désormais des stratégies patrimoniales axées sur la durabilité, la résilience et la transmission.

Cette approche se traduit par des portefeuilles comprenant :

  • des fonds d’infrastructures vertes,

  • des actions d’entreprises innovantes à horizon long,

  • des obligations durables à maturité éloignée,

  • des investissements non cotés favorisant l’économie réelle.

De plus, certaines banques privées proposent des “mandats générationnels”, où l’objectif n’est plus seulement la performance, mais la création d’un patrimoine durable qui bénéficie aux générations futures.

Cela transforme radicalement la manière dont l’épargne est pensée : moins centrée sur le court terme, plus alignée sur des cycles économiques et environnementaux de long terme.

Conclusion : un nouveau modèle d’épargne au service d’une croissance durable

L’épargne longue s’impose désormais comme un outil stratégique pour atteindre les objectifs de croissance durable. Grâce à la combinaison du capital patient, de la réglementation européenne, de l’innovation technologique et des nouveaux comportements des épargnants, l’Europe se dote d’un cadre plus robuste pour financer les infrastructures, les innovations et les transitions cruciales des prochaines décennies.

En 2025, la frontière entre épargne individuelle et investissement sociétal devient plus fluide : chaque euro placé peut potentiellement contribuer à une économie plus résiliente, plus verte et plus équitable. Les acteurs traditionnels, tout comme les nouveaux entrants, devront continuer à renforcer cette dynamique pour faire de l’épargne longue un véritable moteur du progrès européen.

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